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Du design dans les éprouvettes ?
par Ludovic Fery (04/02/09)

"La spécialité d'un designer, c'est de ne
pas en avoir", dixit Mathieu
Lehanneur, qui gère son propre studio à Paris.
Pourtant beaucoup de ses productions concernent la santé
humaine, de la pollution aux traitements médicamenteux. Il
a d'ailleurs participé au lancement du Laboratoire,
où artistes et scientifiques font des petits... Idée
à suivre ?
Etes-vous venu au design par choix ou nécessité
?
Disons : par nécessité de faire un choix ! Dans
l'ordre j'ai voulu faire médecin, artiste et finalement j'ai
trouvé le design qui était pour moi le meilleur moyen
de mélanger ces deux professions.
Un designer sans spécialité prend-il un mauvais départ
dans sa carrière ?
Au contraire ! Il ne faut pas se vendre avec une spécialité,
mais avec une curiosité de touche-à-tout. Le designer
doit arriver sur un sujet sans a priori et avoir un regard et un
avis sur tout, jusqu'au moindre détail. Pour citer un de
mes confrères "Ne demandez pas à un designer
de dessiner un pont mais plutôt un moyen de traverser la rivière".
Pour ma part je ne considère pas la santé comme une
spécialité, mais plutôt comme un moyen d'aborder
la complexité humaine sous toutes ses formes : la psychologie,
l'écologie voire la sociologie
Un designer peut-il exister sans être sous les feux de
la rampe ?
Bien sûr. Heureusement pour la profession d'ailleurs.
Il existe nombrer de designer qui apportent leur modeste contribution
à une entreprise et c'est vrai que leur travail est moins
visible. Pourtant ensuite il se "voit" dans la vie de
tous les jours, dans nos meubles ou nos accessoires high-tech. D'ailleurs
c'est impossible d'apporter un jugement de valeur entre le designer
médiatique qui signe en son nom et celui intégré
à une agence ou entreprise : ils sont tous les deux capables
du meilleur
comme du pire !
Un conseil pour un jeune créatif qui voucrai percer dans
le monde du design ?
De changer de voie ! Le mot "percer" me semble en
inadéquation totale avec le design : il n'y a rien à
percer. Le designer n'est pas un "people" qui fait jouer
son carnet d'adresses. C'est avant tout quelqu'un qui met en circulation
des idées novatrices, hors des sentiers battus. On dit que
"c'est au pied du mur que l'on voit un maçon",
et bien c'est pareil pour le designer : il faut travailler, être
capable de passer des heures à s'interroger sur la place
d'un bouton ou d'un boulon dans un objet. Un autre conseil que je
donnerais à un "jeune créatif", c'est de
ne surtout pas lire la presse design. Il n'y a rien de pire pour
tuer la créativité dans l'uf, et conditionner
le regard dans un format convenu. Un bon designer doit avant tout
se forger sa propre expérience.
Exite-t-il un point commun entre un scientifique et un designer
?
Oui : ce sont tous deux des chercheurs ! Chacun part d'une hypothèse
et va l'expérimenter de toutes les manières possibles.
Le projet évolue souvent par rapport à l'idée
de départ, en fonction des résultats obtenus. Comme
pour certaines grandes découvertes scientifiques il y a une
part de hasard dans le design. Certains objets créés
dans un but servent parfois à tout autre chose ...
Pourquoi dédier un lieu à la rencontre entre art
et science ? 
Le Laboratoire s'est monté sur l'idée que de nombreux
ponts existent entre art et science, malgré un manque profond
d'interaction. Surtout, ce lieu a vocation à donner une nouvelle
dimension aux artistes. Quel que soit le domaine auquel ils touchent,
il y a toujours plus spécialiste qu'eux, à savoir
le scientifique. C'est grâce au Laboratoire que mon prototype
de purificateur d'air (Bel-air) est devenu Andrea, une réalité
industrielle.
De Bel-air à Andrea - Copyright
Mathieu Lehanneur / Le Laboratoire
Pour en savoir plus :
Site du studio de Mathieu Lehanneur : http://www.mathieulehanneur.com/
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