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L'Univers à portée d'oreille

par Xavier Reverdy-Théveniaud (07/04/2011)

« Vostok une cabine à l'écoute de l'univers » est la nouvelle installation artistique et scientifique visible à la Cité des sciences et de l'industrie à Paris. Des signaux électromagnétiques venus des étoiles fournis par un astrophysicien ont été mis en forme par un compositeur dans une bande son de 26 minutes. Isolé dans une oeuvre plastique formé d'une cabine de tôle, le visisteur peut dès lors effectuer une plongée sonore au coeur de la galaxie.

Une capsule spatiale

intérieur de la capsule -  Copyright Sébastien Agnetti Imaginez-vous dans une capsule constituée de matériaux bruts, voyageant au coeur de la galaxie. Vous êtes quatre ou cinq humains, perdus, plongés dans le vide sidéral. Serrés sur des bancs en bois, à côté d'un poêle et de toilettes rudimentaires, vos têtes frôlent le plafond. Aucun hublot ne permet de se repérer et de savoir ce qui se passe à l'extérieur. Les seuls contacts possible avec l'univers qui entoure le minuscule vaisseau spatial sont les sons qui proviennent des objets astronomiques alentours. Un bruit sourd se rapproche puis s'éloigne : c'est une étoile que la capsule vient de dépasser. Une immense explosion : c'est une supernova qui vous surprend. Cependant, malgré l'impression d'isolement interstellaire, vous n'avez pas quitté la Terre. Une installation totalement terre-à-terre

Vous êtes à la Cité des sciences et de l'industrie au milieu de l'installation « Vostok une cabine à l'écoute de l'univers ». L'oeuvre à la fois plastique, sonore et scientifique, produite par le centre culturel F93 est née de la rencontre entre des personnes issues de domaines variés. Chronologiquement, tout d'abord vient le scientifique Jean-Philippe Uzan, directeur de recherche au CNRS qui travaille à l'Institut d'astrophysique de Paris. Les signaux électromagnétiques qu'il récolte en provenance des étoiles avec des radiotélescopes et autres outils appropriés peuvent être convertis en signaux sonores. Ce sont ces données précisément, ainsi que ses connaissances en astrophysique qu'il apporte à un « profane » : Eddie Ladoire, compositeur de son état.

Leurs échanges portent sur leur vision d'un même objet : ce que le scientifique perçoit dans l'espace et ce que le musicien peut représenter à partir des explications et des données du savant. Au final, de ce partenariat ressort une pièce sonore de vingt-six minutes sur les astres vus par un artiste. Une étincelle pour l'univers, mais d'une intensité impressionnante ! Reste alors à trouver un support physique pour l'écoute de cette oeuvre. Le concours du hollandais Joep Van Lieshout et de l'atelier qui porte son nom va permettre de la mettre en scène. L'idée est de recréer un environnement clos, représentant l'isolement et la promiscuité que seuls les astronautes rencontrent dans les engins spatiaux.
Son nom : « Vostok », une référence directe à la capsule de Youri Gagarine, « Vostok 1 ». Parallélépipédique, elle est faite de vieilles tôles recyclées de douze mm d'épaisseur. L'oeuvre plastique n'a pas été créée pour rechercher un certain confort acoustique, mais au contraire, elle possède un caractère purement utilitaire pour tenter de mettre le visiteur dans le contexte d'un voyage spatial, totalement isolé.

L'installation s'accompagne de deux courtes vidéos explicatives sur la démarche des artistes et du scientifique. Elles offrent au public, d'une manière très pédagogique, les clefs lui permettant de mieux comprendre l'oeuvre dans son entier.

En s'imprégnant de la puissance sonore de la bande-son d'Eddie Ladoire, le public ne ressort pas indifférent de la cabine après une telle expérience : un véritable ressenti purement physique. Si l'auditeur prend le temps de « contempler » la musique, il se rend rapidement compte de la portée de ces sons : c'est l'univers à portée d'oreilles ! Pour les cinéphiles, l'expérience rappelle la fin de 2001, l'odyssée de l'espace de Stanley Kubrick en moins psychédélique, le transport vers un « ailleurs » étant réellement ressenti. Le mieux est peut-être de se laisser porter par l'oeuvre sans en connaître l'explication au préalable. Comme l'explique Jean-Philippe Uzan dans les vidéos, il ne s'agit pas d' « une oeuvre musicale de vulgarisation mais d'une oeuvre inspirée de la science ». Il faut y voir « la description poétique d'un objet scientifique ».

  L'astrophysicien est un scientifique qui étudie les propriétés des objets de l'univers. La majorité de leurs observations se font par l'étude du spectre électromagnétique, depuis les ondes radars (longueurs d'ondes supérieures à 0.1 mm) avec l'aide de radiotélescopes jusqu'aux rayons γ (longueurs d'ondes inférieures à 5x10-12 m) avec des observatoires spatiaux spécifiques.

Chaque objet spatial émet au moins un (si ce n'est plus) type d'onde électromagnétique, permettant aux astrophysiciens de les caractériser. Ce sont ces données qui sont utilisées pour rechercher de la vie intelligente extraterrestre comme dans le projet SETI@home (vous pourriez vous souvenir éventuellement du rôle de Jodie Foster dans Contact de Robert Zemeckis).
Elles peuvent être converties en signal sonore après démodulation et amplification (comme dans un récepteur radio).
 
 

Un nouveau programme pour l'institution scientifique

Voyage exploratoire, cette installation est la première réalisation d'Universcience(1) par rapport à son axe Arts, sciences et technologies. Il s'agit d'essayer de valoriser une culture « généralistique » et non plus une culture centrée uniquement sur les sciences : il faut remettre la science « en culture » comme elle pouvait l'être jusqu'au début du XXe siècle. Cet axe nouveau dans la politique éditoriale d'Universcience ne prétend pas utiliser l'art au profit de la science, mais bel-et-bien permettre un dialogue entre cette dernière et d'autres domaines, en particulier en essayant d'élargir les réponses aux questionnements scientifiques grâce à la vision que peuvent avoir les artistes et les techniciens. À la clé : de nombreuses expositions étonnantes à aller voir dans un futur proche dans les deux institutions scientifiques parisiennes.

(1) Etablissement public de diffusion de la culture scientifique et technique né du rapprochement entre le Palais de la Découverte et la Cité des sciences et de l'industrie. Site : http://www.universcience.fr

extérieur capsule - Copyright Sébastien Agnetti

Renseignements utiles


Vostok une cabine à l'écoute de l'univers

Du 7 décembre 2010 au 13 mars 2011
Cité des sciences, Explora, niveau 2, près du planétarium.

Durée de la séance : 26 minutes

Capacité d'accueil : 4 à 5 personnes






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