Cerebrart -> 2008
Cerveau et divine proportion :
la preuve de l'existence d'une beauté objective?
par Ludovic Féry (11/03/2008)
Art et science feraient-ils mauvais ménage ? L'art n'est
pas scientifique dans le sens où il repose sur une vision
subjective, biaisée du monde qui est celle de l'artiste.
Le ressenti d'une peinture ou d'une sculpture dépend effectivement
du vécu de chaque individu et des émotions intimes
impliquées. Mais n'y a-t-il pas des paramètres invisibles
qui suffisent à définir l'impression de beauté,
sans aucun jugement de valeur ?
Cinzia Di Dio, chercheur à l'université de Parme,
semble avoir progressé sur cette question en pointant les
effets du nombre d'or - ou divine proportion - dans les sculptures
du Classicisme et de la Renaissance. Et ici, c'est dans le cerveau
que tout intervient.
Dans
son étude publiée en novembre 2007 dans PLOS ONE (revue
en libre d'accès), il démontre chez 14 patients l'implication
du cerveau dans l'expression d'une beauté objective. Une
série d'images de sculpture soit en accord avec le nombre
d'or soit légèrement déformées leur
ont été projetées (cf photo). L'activation
des différentes zones cérébrales a été
observée par IRM (imagerie par résonance magnétique)
dans trois situations différentes : conditions d'observation
"museum-like", jugement de l'esthétisme, jugement
de la symétrie.
Les chercheurs ont constaté sur les scanners que l'insula
- zone impliquée dans le contrôle des émotions
- présentait une activité augmentée pour les
images où le nombre d'or était respecté (ratio
1 : 1.618) par rapport aux images déformées. En outre,
cette augmentation est plus nette dans les conditions d'observation
"museum-like" que dans les autres situations. L'auteur
fournit comme explication à ce phénomène que
le conditionnement par des questions d'esthétisme ou de symétrie
réduit l'activation de l'insula et donc l'appréciation
innée de sa beauté. En effet lorsque un patient considère
une uvre comme esthétique c'est une autre zone du cerveau,
l'amygdale droite, qui s'active spécifiquement. Les neurobiologistes
la connaissent déjà comme le lieu de stockage de la
mémoire émotionnelle. Ainsi, dans le cadre de l'expérience,
les patients développent leur propre opinion selon que l'image
leur procure ou non du plaisir. L'observateur porte dans ce cas
un jugement de valeur sur l'uvre.
Source
http://www.plosone.org/article/info:doi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0001201
"The Golden Beauty: Brain Response to Classical and Renaissance
Sculptures", par
Cinzia Di Dio1,2, Emiliano Macaluso2, Giacomo Rizzolatti1*
1 Dipartement de Neurosciences, Université de Parme (Italie)
; 2 Fondation Santa Lucia, Neuroimaging Laboratory, Rome (Italie).
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