Cerebrart -> 2008
Le cinéma va-t-il se mettre au parfum ?
par France-Anne Carré (07/04/2008)
Le cinéma sera bientôt fait d'odeurs... La société
française d'innovations industrielles AC2i a mis au point
un diffuseur de parfum original sous le nom d'Olfacom.
Des essences achetées à des spécialistes des
arômes sont assimilées à de petits grains solides
par un procédé gardé secret. Le tout est emprisonné
dans une capsule qui, grâce à un système de
ventilation intégré, libèrera dans l'air par
sublimation(1) l'odeur choisie.
Mais
la valeur ajoutée d'Olfacom est la possibilité de
piloter à distance via le Wi-Fi la diffusion du parfum et
son arrêt dans une salle.
Elle est l'innovation qui permet aujourd'hui une application cinématographique
des odeurs et qui faisait défaut aux aérosols et autres
vaporisateurs.En effet, les odeurs peuvent ainsi être montées
au même titre que les images et le son conduisant à
la possibilité d'une véritable mise en scène
olfactive.
La maîtrise de diffusion à l'image près permet
également d'éviter toute superposition d'odeurs et
effets de masquage.
Si cette technologie est encore introuvable, son créateur
Michel Pozzo croit en sa trouvaille et estime que 10% des salles
européennes pourraient être équipées
rapidement. La révolution numérique du 7ème
art est désormais complète.
Une innovation réellement avantageuse pour le cinéma
?
Peut-on vraiment parler ici d'un système innovant pour le
cinéma ? Art et nouvelles technologies font-ils ici bon ménage
? Ce système peut en effet être vu comme un frein à
l'imagination. Cette succession d'odeurs que propose Olfacom impose
des associations qui bloquent les processus de création et
d'identification nécessaires à tout spectateur. Image,
son et désormais odeur, le cinéma ne serait plus qu'un
spectacle à gros budget qui en mettrait plein les sens. Il
existe en effet un aspect commercial derrière cette démarche.
Dans ses applications multimédia, la société
AC2i est surtout présente dans le marché publicitaire.
L'essor du marketing sensoriel ne serait donc pas étranger
à cette ambition cinématographique. Peut-être
un jour irons-nous acheter tel parfum senti dans tel film au même
titre que nous achetons une bande originale ? On ne peut cependant
pas incriminer l'aspect financier car il est aujourd'hui souvent
le levier à bon nombre de créations.
Faudra-t-il pour autant se boucher le nez au cinéma ? Les
modalités du système Olfacom ne sont pas connues de
manière précise et ne permettent donc pas de juger
de la légitimité d'une telle installation dans les
salles obscures. On ne sait si les odeurs seront diffusées
sans interruption durant le film, si les parfums seront agréables
ou bien également déplaisants dans un souci de réalité.
Il peut également y avoir des contre-indications allergiques.
Autant de questions en suspens qui devraient s'éclaircir
les prochains mois. En effet, les producteurs et réalisateurs
de films, restés muets jusqu'à lors, ne devraient
pas tarder à se prononcer sur ce cinéma d'un nouveau
genre.
(1) sublimation : passage direct d'un corps de l'état
solide à l'état gazeux.
En savoir plus
Le site d'olfacom : http://www.olfacom.com
Article "Le web au parfum" (site Automates Intelligents),
qui bien qu'ancien, reste d'actualité :
http://www.automatesintelligents.com/labo/2001/mai/webparfum.html
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