Cré'art -> 2008
Pi, ou la fable mathématique
par Michael Jan (07/04/2008)
Pi, de Darren Aronofsky, avec Sean Gullette, Mark Margolis
Lorsque Darren Aronofsky sortit son premier film, en 1998, il ne
se doutait pas de la vitesse avec laquelle sa renommé allait
croître. Avec seulement 60.000 dollars de budget, Pi en générera
plus de 3 millions, permettant à son réalisateur d'acquérir
une certaine notoriété et d'enchaîner rapidement
sur l'évidement connu de tous, Requiem for a dream
(2001). Tourné en 16mm, d'un noir et blanc rugueux et très
contrasté, Pi s'apparente à un véritable
thriller mathématique, dans lequel Max Cohen, brillant mathématicien
recherchant à son compte une équation mathématique
régissant la Vie, se verra convoité par des banquiers
avides de billets verts ainsi que par des rabbins peu scrupuleux.

Les mathématiques jouent un rôle central dans le film.
Elles prennent une apparence concrète par le biais d'objets
les reflétant (le laboratoire informatique de Max, les chiffres
de la bourse, les ramifications des branches des arbres, la structure
en hélice de l'ADN, la symétrie de notre corps, la
structure circulaire tant adorée par la Nature, qui lui a
assigné le nombre irrationnel π) et s'incarnent ainsi
comme un acteur à part entière sur la pellicule. Elle
sont constamment renvoyées à la réalité
de notre quotidien : "Maths are everywhere". Le
héros utilise comme base de données les valeurs boursières
évoluant sur le marché de Wall Street afin de faire
émerger un modèle universel de ce chaos numérique.
Sa persuasion de la force des mathématiques comme seul outil
permettant de comprendre la signification de notre existence sur
Terre le conduira à la folie, mais convaincra les personnes
les plus réticentes aux charmes de la plus pure des sciences.

A
plusieurs reprises est évoqué le nombre d'or, ainsi que la spirale
d'or en découlant. Les motifs en émanant sont aisément perceptibles
dans la nature : la structure en spirale des coquillages, les
cornes des béliers, la tête
d'un tournesol, nos empreintes digitales, la structure de la voie
Lactée...
La spirale d'or se construit aisément à partir des proportions du
nombre d'or :
il suffit de prendre un rectangle dont la largeur est l'unité, et
dont la longueur est le nombre d'or (j
= (1 + √ 5)/2≈1.618).
A partir de ce rectangle, on construit une série de rectangles à
l'intérieur de celui-ci, chaque rectangle étant obtenu en prenant
pour longueur la largeur précédemment obtenue et en gardant le rapport
entre la longueur divisée par la largeur du nouveau rectangle égal
à j.
La spirale d'or s'obtiendra en traçant successivement les quarts
de cercles inscrits dans chaque carré.

Ces différents indices, perceptibles par tous, que la Nature
s'est fait un malin plaisir à disséminer çà
et là, toujours à notre disposition sensitive, serait
peut être un moyen pour elle de nous faire prendre conscience
de son existence logique et de sa beauté, confirmant, qu'évidemment,
" Dieu ne joue pas aux dés".
Max Cohen se voit également remettre par des rabbins un
exemplaire électronique de la Torah, (la loi écrite,
transmise par Dieu à Moise sur le mont Sinaï) sur lequel
ils souhaitent voir le mathématicien travailler afin d'y
découvrir une équation révélant le nom
véritable de Dieu.
La Torah recèle en effet dans ses écritures un langage
mathématique fleuri, si l'on tient compte du fait que l'hébreu
ancien utilisait les mathématiques dans la construction des
mots et des idées : à chaque lettre composant l'alphabet
hébreu était associé un nombre entier : à
"A" (aleph) était associée la valeur 1,
à "B" (bet) était associée la valeur
L'ensemble des mots composant la langue hébraïque sont
construits à partir d'une logique numérique permettant
d'engendrer des mots à partir de mots élémentaires,
dont la somme des valeurs des lettres les composant sera égale
à la valeur numérique du mot engendré. Par
exemple, la valeur numérique por le mot "père"
en hébreu est de 3, celle du mot "mère"
est de 41. Ainsi, le mot "enfant " a une valeur numérique
égale à 41+3=44. On peut donc convertir la Torah en
une longue suite de nombres dans laquelle certaines structures non
anarchiques peuvent émerger.
Basé sur une histoire de Darren Aronofsky, Sean Gullette,
et Eric Watson, Pi a reçu le prix de la mise en scène
au festival de Sundance en 1998.
Pour en savoir plus :
Le site du film : http://www.pithemovie.com
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