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Cré'art -> 2009

Le thérémine, comme un air d'extra-terrestre

par Gabriel Guittard (03/03/2009)

Le thérémine, un drôle d'instruementIls sont partout, la pop, le rock, les films de science-fiction, le jazz ou le classique. Avec leurs deux antennes et leur tête pleine de transistors, ils émettent des sons plus qu’étranges dès qu’on les approche : il s’agit des thérémines.
Avez-vous déjà entendu l’effet de votre présence sur votre poste de radio ? Imaginez que celui-ci ait une antenne ronde à sa gauche, qui vous permette de contrôler son volume en approchant votre main gauche, et une antenne verticale à sa droite, qui vous permette de choisir les notes de musique en déplaçant votre main droite dans l’espace. Cela deviendrait compliqué d’écouter votre émission favorite mais vous pourriez composer des mélodies(1) d’un autre univers. Le thérémine fonctionne selon ce même principe et, grâce à ses boutons de réglages, délivre une quantité de timbres étonnants, allant jusqu’à imiter celui de la voix humaine(2) ou du violon par exemple. Si l’on fait passer le son de l’instrument par un ordinateur, s'offre alors une quantité infinie d’effets qu’on peut lui appliquer.

Instrument: le thérémineLe thérémine a déjà une longue histoire. Créé en 1919 par l’ingénieur russe Sergueïvitch Termen, Lénine en fera commander 600 qui seront envoyés dans toutes l’URSS, consacrant alors Termen comme promoteur des nouvelles technologies soviétique vers l’international.
Cet instrument va dès lors s’intégrer progressivement à la musique classique, avant de conquérir plus récemment les différents styles musicaux, voire le cinéma hollywoodien dans les années 1980 comme instrument de bruitage et d’ambiance.
Il est courant désormais de le voir sur le devant de la scène, notamment lors des spectacles de Jean-Michel Jarre, Zazie, System of a down ou Radiohead...

Claude-Samuel Lévine en est le principal spécialiste en France. Gratifié de plusieurs prix de conservatoires, il interprète ses propres mélodies au thérémine en s’accompagnant d’orchestres, ou joue aux côtés d’artistes comme le groupe Radiohead. Cet instrument, qu’il qualifie de «difficile d’accès» et demande une «oreille très juste», est souvent utilisé pour ajouter des «effets» aux chansons. "Son utilisation «mélodique» demande un réel investissement de la part de l’artiste", explique le musicien.


Démonstration du Thérémine sur le fameux tube "Crazy",
par le groupe Gnarls Barkley

Claude Samuel Lévine, comment avez-vous découvert le thérémine?

CSL : Je jouais déjà de la harpe pour son côté magique et la diversité des instruments m’a toujours attiré. Mes goûts personnels m’ont amené vers les instruments à ondes. Les ondes Martenot dans les années 80, puis le thérémine en 2000. J’en avais entendu parler dans quelques bouquins comme d’un instrument difficile à maîtriser, donc peu utilisé. Quand je l’ai vu à un stand du salon Musicora je l’ai essayé et l’ai tout de suite adopté.

En quoi cet instrument vous paraît-il difficile d’accès ?

CSL : Le thérémine demande une oreille très juste car il n’y a pas de repère possible d’un thérémine à l’autre. C’est à nous de faire le son, de faire la note. Par exemple je joue sur celui-ci et j’en ai un de secours en Normandie, seulement il n’a pas tout à fait les mêmes réglages électroniques. Ce qui fait que ce ne sont pas les mêmes plages de fréquences et qu'iil faut s'adapter.

Vous avez dit que les ondes Martenot étaient comme un prolongement de la pensée... Est-ce la même chose en ce qui concerne le thérémine ?

CSL : Finalement oui car il y a l’intention musicale, ce que je veux comme phrasé, ce que je pense intérieurement qui est retranscrit. Mais s'il y a un petit peu plus de densité de matière, on observe cependant moins de légèreté dans le jeu du thérémine car il faut faire attention à la position de la main. Il y a une incertitude qui peut donner une impression de résistance. Mais cet instrument possède une magie particulière qui fait que je préfère jouer certains morceaux avec lui plutôt qu’aux ondes Martenot.

Existe-t-il des réticences à intégrer le thérémine au rang des instruments « classiques » ?

CSL : Oui je constate pas mal de réticences, surtout dans le domaine de la musique contemporaine «guidée», je dirais. On oberve dans le domaine encore trop de prise au sérieux, pas assez de légèreté d’esprit. Il y a des choses très belles et très difficiles, c’est vrai, mais aussi des choses très belles et faciles. Il n’est pas évident de jouer juste du thérémine. Cela n’a pas empêché de voir éclore de très bons théréministes comme Clara Rockmore aux Etats-Unis ou Lydia Kavina en Russie... Des compositeurs comme Martinu ont d'ailleurs écrit des pièces pour cet instrument, que je vais jouer à Tours au mois de Mars. Il est également possible de faire des transcriptions, des reprises, des mélodies, des morceaux classiques, mais tout ne convient pas au thérémine...

Que pensez-vous du développement à venir de ce type d’instruments ?

CSL : C’est évidement difficile de faire des prédictions... Il existe tellement de nouveauté à notre époque. Je ne pense pas que cela se développera au même titre que la flûte, car c’est trop difficile d’accès, mais plutôt au même titre que la harpe, par exemple. Aujourd’hui des tas de gadgets et de nouveautés très intéressantes voient le jour : le stylophone, par exemple, est un gadget et a été repris par le synthé. Mais la famille des instruments à ondes restera car ils ont vraiment un caractère propre.

Pour en savoir plus :
Sur Claude-Samuel Lévine ou les instruments à ondes : www.cslevine.com.
Pour une demande de prestation ou d’accompagnement, suivre le lien "contact".

(1) Si vous souhaitez tenter une composition au thérémine à moindre coût, il vous faudra posséder une webcam. Muni du programme gratuit (http://homepages.ihug.com.au/~squires/vt/), vous êtes alors parés à jouer de votre corps.
(2) Pour preuve, grâce à un thérémine, certains battent des records au jeu Guitar Hero : http://uk.youtube.com/watch?v=OybiXxxkQG8

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