Ils
sont partout, la pop, le rock, les films de science-fiction, le
jazz ou le classique. Avec leurs deux antennes et leur tête
pleine de transistors, ils émettent des sons plus quétranges
dès quon les approche : il sagit des thérémines.
Avez-vous déjà entendu leffet de votre présence
sur votre poste de radio ? Imaginez que celui-ci ait une antenne
ronde à sa gauche, qui vous permette de contrôler son
volume en approchant votre main gauche, et une antenne verticale
à sa droite, qui vous permette de choisir les notes de musique
en déplaçant votre main droite dans lespace.
Cela deviendrait compliqué découter votre émission
favorite mais vous pourriez composer des mélodies(1)
dun autre univers. Le thérémine fonctionne selon
ce même principe et, grâce à ses boutons de réglages,
délivre une quantité de timbres étonnants,
allant jusquà imiter celui de la voix humaine(2)
ou du violon par exemple. Si lon fait passer le son de linstrument
par un ordinateur, s'offre alors une quantité infinie deffets
quon peut lui appliquer.
Le
thérémine a déjà une longue histoire.
Créé en 1919 par lingénieur russe Sergueïvitch
Termen, Lénine en fera commander 600 qui seront envoyés
dans toutes lURSS, consacrant alors Termen comme promoteur
des nouvelles technologies soviétique vers linternational.
Cet instrument va dès lors sintégrer progressivement
à la musique classique, avant de conquérir plus récemment
les différents styles musicaux, voire le cinéma hollywoodien
dans les années 1980 comme instrument de bruitage et dambiance.
Il est courant désormais de le voir sur le devant de la scène,
notamment lors des spectacles de Jean-Michel Jarre, Zazie, System
of a down ou Radiohead...
Claude-Samuel Lévine en est le principal spécialiste
en France. Gratifié de plusieurs prix de conservatoires,
il interprète ses propres mélodies au thérémine
en saccompagnant dorchestres, ou joue aux côtés
dartistes comme le groupe Radiohead. Cet instrument, quil
qualifie de «difficile daccès» et demande
une «oreille très juste», est souvent utilisé
pour ajouter des «effets» aux chansons. "Son
utilisation «mélodique» demande un réel
investissement de la part de lartiste", explique
le musicien.
Démonstration du Thérémine sur le fameux tube "Crazy",
par le groupe Gnarls Barkley
Claude Samuel Lévine, comment avez-vous découvert
le thérémine?
CSL : Je jouais déjà de la harpe pour son
côté magique et la diversité des instruments
ma toujours attiré. Mes goûts personnels mont
amené vers les instruments à ondes. Les ondes Martenot
dans les années 80, puis le thérémine en 2000.
Jen avais entendu parler dans quelques bouquins comme dun
instrument difficile à maîtriser, donc peu utilisé.
Quand je lai vu à un stand du salon Musicora je lai
essayé et lai tout de suite adopté.
En quoi cet instrument vous paraît-il difficile daccès
?
CSL : Le thérémine demande une oreille très
juste car il ny a pas de repère possible dun
thérémine à lautre. Cest à
nous de faire le son, de faire la note. Par exemple je joue sur
celui-ci et jen ai un de secours en Normandie, seulement il
na pas tout à fait les mêmes réglages
électroniques. Ce qui fait que ce ne sont pas les mêmes
plages de fréquences et qu'iil faut s'adapter.
Vous avez dit que les ondes Martenot étaient comme un
prolongement de la pensée... Est-ce la même chose en
ce qui concerne le thérémine ?
CSL : Finalement oui car il y a lintention musicale,
ce que je veux comme phrasé, ce que je pense intérieurement
qui est retranscrit. Mais s'il y a un petit peu plus de densité
de matière, on observe cependant moins de légèreté
dans le jeu du thérémine car il faut faire attention
à la position de la main. Il y a une incertitude qui peut
donner une impression de résistance. Mais cet instrument
possède une magie particulière qui fait que je préfère
jouer certains morceaux avec lui plutôt quaux ondes
Martenot.
Existe-t-il des réticences à intégrer le
thérémine au rang des instruments « classiques
» ?
CSL : Oui je constate pas mal de réticences, surtout
dans le domaine de la musique contemporaine «guidée»,
je dirais. On oberve dans le domaine encore trop de prise au sérieux,
pas assez de légèreté desprit. Il y a
des choses très belles et très difficiles, cest
vrai, mais aussi des choses très belles et faciles. Il nest
pas évident de jouer juste du thérémine. Cela
na pas empêché de voir éclore de très
bons théréministes comme Clara Rockmore aux Etats-Unis
ou Lydia Kavina en Russie... Des compositeurs comme Martinu ont
d'ailleurs écrit des pièces pour cet instrument, que
je vais jouer à Tours au mois de Mars. Il est également
possible de faire des transcriptions, des reprises, des mélodies,
des morceaux classiques, mais tout ne convient pas au thérémine...
Que pensez-vous du développement à venir de ce type
dinstruments ?
CSL : Cest évidement difficile de faire des
prédictions... Il existe tellement de nouveauté à
notre époque. Je ne pense pas que cela se développera
au même titre que la flûte, car cest trop difficile
daccès, mais plutôt au même titre que la
harpe, par exemple. Aujourdhui des tas de gadgets et de nouveautés
très intéressantes voient le jour : le stylophone,
par exemple, est un gadget et a été repris par le
synthé. Mais la famille des instruments à ondes restera
car ils ont vraiment un caractère propre.
Pour en savoir plus :
Sur Claude-Samuel Lévine ou les instruments à ondes
: www.cslevine.com.
Pour une demande de prestation ou daccompagnement, suivre
le lien "contact".
(1) Si vous souhaitez tenter une composition au thérémine
à moindre coût, il vous faudra posséder une
webcam. Muni du programme gratuit (http://homepages.ihug.com.au/~squires/vt/),
vous êtes alors parés à jouer de votre corps.
(2) Pour preuve, grâce à un thérémine,
certains battent des records au jeu Guitar Hero : http://uk.youtube.com/watch?v=OybiXxxkQG8