Cré'art -> 2011
L'art et la science se retrouvent sur scène
avec Johann Le Guillerm
par Baptiste Pitois (30/05/2011)
Dispositif de recherche sur des notions d'équilibre,
de formes et de points, "Attraction" est en constante
évolution. Un projet créé par Johann le Guillerm,
maître en art du cirque.
Johann
Le Guillerm a 16 ans quand il entre au Centre National des Arts
du Cirque, il s'y forme au fil et aux arts du clown. Il sort de
l'école en 1989 avec les félicitations du jury. Dans
la continuité, il intègre la compagnie Archaos, puis
co-fonde le cirque O avec d'anciens camarades du CNAC.
Riche de ses expériences, en 1994, il créait sa propre
structure : Cirque ici. Un an plus tard, "Ou ça",
son premier solo voit le jour et tournera pendant cinq ans. Ce spectacle
obtient un vif succès et en 1996, à l'âge de
27 ans, Johann Le Guillerm est récompensé par le Grand
prix national du cirque.
En 1999, en quête de compréhension, voulant déchiffrer
ce qui l'entoure, il entreprend un tour du monde de 18 mois où
il rencontre et observe des populations handicapées, traumatisées...
Frappé par ce voyage, dès son retour, en 2001, il
pose les bases d'un projet surprenant : ATTRACTION.
Dans ce vaste projet, Le Guillerm entreprend des recherche sur
le point de vue et le mouvement. Dans son atelier il tente de mettre
en lumière ses interrogations sur ce qu'il voit ou ne voit
pas. Matérialiser ses pensées, prendre le temps de
recentrer toutes ses observations dans la conception objets ou dans
la présentation d'expériences :tel est l'objectif
que s'est fixé cet artiste.
ATTRACTION est un dispositif de recherche sur des notions
d'équilibre, de formes et de points de vue. En constante
évolution, ce projet est composé de trois approches
complémentaires : Monstration, parcours de présentation
des chantiers de recherches expérimentales sur le point de
vue et le mouvement ; La Motte (prototype IV), phénomène
de cirque minéral et végétal ; et Secret, un
spectacle circastique où Johann Le Guillerm met en scène
ses objet et ses constructions les plus abouties.
Monstration : cirque mental (le chantier)
Colonne
vertébrale du projet, Monstration est le laboratoire
dans lequel Johann Le Guillerm pense et conçois ses prototypes
de recherche basées sur le point de vue.
Ses constructions de machines-objets et autres architectures étranges
baptisées "chantiers", car en perpétuelle
évolution, sont le reflet direct de ses observations.
Ces chantiers, organisées par familles et présentées
dans un parcours libre, offrent la possibilité au public
de les manipuler, facilitant l'entrée dans cet univers circassien.
Par ses recherches sur le point de vue, Le Guilerm tente de recentrer
ses observations en un point, lui permettant de mieux appréhender
ce qu'il observe.
Monstration est l'exposition de ses chantiers de recherches.

La Motte : phénomène de cirque minéral et végétal
La
Motte est un phénomène de cirque minéral et
végétal.
Ce IVéme prototype est le résultat des recherches
de Johann Le Guillerm sur le chantier des "circumambulations".
Dans ce projet, il observe le mouvement d'une sphère ressemblant
étrangement à notre Terre. La seule différence
est que celle-ci comporte 5 pôles. En mouvement perpétuel
ou permanent, cet objet décrit un mouvement circulaire de
forme complexe. La végétation qui se trouve dessus
prend donc une orientation particulière liée à
sa trajectoire.
Secret : le spectacle circastique
Secret
est un spectacle circastique dans lequel Johann Le Guillerm met
en scène ses prototypes les plus évolués. Il
donne l'impression de transmettre sa manière d'aborder les
formes de différents objets grâce à sa façon
de les mettre en mouvement et par le regard qu'il leurs porte.
Dans la mise en scène de ses constructions, il semble en
saisir la complexité du mouvement, la trajectoire, la forme,
ou l'équilibre.
En mettant en mouvement des objets, il donne vie à ses créations
et entreprend l'édification d'un pont entre art et science.

Ayant des difficultés à s'accorder avec les concepts
établis, Johann Le Guillerm désorganise pour réorganiser
à sa façon les interactions complexes de ce monde.
Ses recherches sur le point de vue, permettent de déconstruire
la première observation d'un objet, pour en obtenir une vision
à 360°. Si le point de vue créait l'objet, Johann
Le Guillerm décompose l'objet pour en avoir différents
points de vues.
Ses expériences philosophiques et poétiques propagent
un flux d'interrogations, plongeant chaque observateur dans son
inconscient. Ce travail sur l'essentiel permet de se repositionner
en tant qu'être vivant dans un environnement subtile.
En perpétuelles évolutions, ses réalisations
montrent bien l'étendue infinie de ses travaux. Toutes ses
approches expérimentales lui permettent de redéfinir
de nouveaux prototypes.
Il ne s'arrête pas là, l'utilisation d'un champ lexical
personnalisé et nouveau légitime sa démarche.
De plus, son effort d'ouverture et les questions qu'il suscite élèvent
son art comme genre novateur.
Dans l'art comme dans la science, l'interaction entre imagination
et raison semble particulièrement difficile à verbaliser.
Choisissant une méthodologie proche de celle d'un savant
qui observe, expérimente et conceptualise, Johann Le Guillerm
prend soin de rajouter une note artistique, poétique et philosophique
qui vient faciliter la présentation de ses recherches.
Le savant, comme l'artiste, adoptait cette démarche de présentation
devant le public (se tenant dans un amphithéâtre),
comme dans les cabinets de curiosités. Dans ce contexte ou
philosophie et science allaient de pair, Bernard le Bovier de Fontenelle
(1657-1757) philosophe français et précurseur dans
la vulgarisation scientifique, disait : "Les vrais philosophes
passent leur vie à ne point croire ce qu'ils voient, et à
tâcher de deviner ce qu'ils ne voient point." Pratique
aujourd'hui révolue, Johann Le Guillerm la remet au goût
du jour de façon originale.
La science voulant se positionner comme un dogme, elle en perd
son approche artistique par des efforts de dépersonnalisation.
S'il y a l'uvre achevée et l'uvre se faisant,
les normes conventionnelles de la recherche scientifique ont souvent
tendance à oublier la démarche artistique et philosophique.
Cet univers que Johann Le Guillerm met à disposition, sort
des conventions communes acquises tout au long d'un parcours pensé
et conventionné.
Si comme le dit Pierre Bourdieu, sociologue français du XXe
siècle, "les obstacles au progrès de la science
sont fondamentalement sociaux" et que la science souffre
aujourd'hui d'une position socialement en marge, Le Guillerm n'aurait
il pas trouvé le moyen de donner du crédit à
l'art, par un art de (dans) la science ?
Art et Science © 2011 
|