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Explor'art -> 2008

Enquête sur Ötzi, un Homo Sapiens Sapiens
né il y a 4600 ans

par Sofie Creten (03/04/2008)

Que mangeait-il, comment était-il habillé, pourquoi est-il mort ? Autant de questions désormais résolues par les nouvelles techniques archéologiques qui s’intéressent aux matières organiques.

Une rencontre surprenante

Ötzi exposé au musée Bolzano, copyright Michèle AquaronEn 1991, à la frontière entre l'Italie et l'Autriche, un homme est retrouvé mort par des randonneurs, son corps à moitié figé dans la glace. Un bref descriptif est alors diffusé dans la région : il a 46 ans, mesure 1,60 m. et pèse 50 kg.
Alors que d’aucuns pensaient avoir retrouvé leur grand-père porté disparu dans la montagne, le verdict tombe : il s’agit d’une momie parfaitement conservée dans la glace, vieille de 4600 ans.
Les archéologues se penchent alors sur Ötzi, renommé ainsi en référence au lieu de sa découverte, les Alpes de l'Ötzal.

Analyse détaillée des vêtements et du corps

Grâce à des techniques récentes qui nécessitent très peu de prélèvements, ils ont pu analyser les habits sans les endommager. Ötzi était chaudement vêtu d’une tenue en peau de chèvre, elle-même protégée par une cape confectionnée en herbes des marais. Il portait aussi un bonnet en peau d’ours sur la tête, attaché sous le menton à l’aide de deux lanières nouées, ainsi que des chaussures façonnées en peau de cerf.

Une étude détaillée du contenu de ses intestins permit de recomposer le contenu de son dernier repas (céréales et viande de cerf), et même de détecter qu’il souffrait d’un parasite, le trichine. Mais cela n’a pas causé sa mort, il soignait cette infection avec un champignon, Piptoporus betulinus, retrouvé dans le sac posé à ses pieds.

Enquête sur la mort d'Ötzi

Après maintes hypothèses sur le trépas de ce mystérieux archer, voici les divers indices qu’ont rassemblés les archéologues, fournissant la version la plus probable du décès.
Le corps d’Ötzi présente de nombreuses blessures, apparues peu avant sa mort : fractures du nez et du poignet, lésions à la main et au thorax, ainsi qu’une pointe de flèche plantée dans l’omoplate gauche. Si cette dernière blessure a entraîné la mort par hémorragie interne, les autres lésions témoignent d’un ou plusieurs combats préalables. L’hypothèse d’un accident de chasse est alors à exclure.

D’ailleurs l’équipement de chasse est incomplet : la corde n’est pas attachée à l’arc, la majorité des flèches sont incomplètes, mais son sac contient les éléments nécessaires à leur confection. Cela semble indiquer qu’Ötzi est parti précipitamment de sa demeure, tout en emportant des armes. Sans doute a-t-il voulu fuir la confrontation directe, se mettre à l’abri et éliminer ses assaillants à l’arc.

Un dernier fait étrange permet de comprendre pourquoi Ötzi était poursuivi. Une hache datant des premiers temps de l’âge du Cuivre (Chalcolithique) a été retrouvée à ses pieds. Il s’agirait d’une des premières haches qui aient été fabriquées. En l’absence d’indices indiquant qu’Ötzi ait pu la construire, les archéologues en ont déduit que cette hache avait dû être dérobée.

La reconstitution de son histoire

Le scénario le plus probable expliquant la mort d’Ötzi fut alors reconstitué : ayant volé une hache qui suscitait les convoitises, il a été agressé à son domicile. Il prit la fuite afin de se soustraire à ses assaillants, non sans emporter quelques effets personnels (champignons pour se soigner, arc et flèches) ainsi que la hache. Traqué, une flèche le blesse gravement, mais il continue sa course afin de se mettre à l’abri. Ses poursuivants n’arrivent pas à le retrouver - sinon ils auraient emporté la hache et pillé ses effets personnels - mais Ötzi succombe à ses blessures.

L’abri aura été bien choisi, car cet endroit, qui sera ensuite enseveli sous la neige avant de geler, l’a préservé des effets du temps. Aujourd’hui, il est conservé en Italie, au musée de Bolzano dans les mêmes conditions que celles de son abri.

L'archéologie donne du sens aux vestiges

Bien entendu, les résultats obtenus concernant le mode de vie d’Ötzi restent exceptionnels, car ils sont en grande partie liés à sa conservation au sein d’un bloc de glace.
Néanmoins, donner un sens aux vestiges découverts est un des objectifs de l’archéologie actuelle grâce à l’étude de matériaux organiques amorphes (traces méconnaissables de cire, résine, lait etc.). Une simple amphore datée devient alors un récipient ayant contenu du vin de deux cépages différents, qui témoigne de l’existence d’une route commerciale entre les deux lieux. Au-delà des objets, le mode de vie de nos ancêtres se dévoile.

Pour en savoir plus :

"Dernières nouvelles d'Ötzi, l'homme des glaces" de Michèle Aquaron:
http://www.hominides.com/html/ancetres/otzi3.htm

Le site du musée de Bolzano:
http://www.archaeologiemuseum.it/index_f.html


L'étude des matériaux organiques amorphes :
http://www.c2rmf.fr/homes/home_id21906_u1l2.htm

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