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Le format anamorphique au cinéma
par Christophe Maillot (17/03/2009)
Dans les années 50 apparaît le procédé
anamorphique qui va révolutionner la manière de faire
et de voir le cinéma. Les films sont alors diffusés
sous un format panoramique plus adapté à l'angle de
la vision humaine. Retour sur une innovation majeure dans le monde
du septième art.
Et le 35 mm fut...
En
1909, le 35 mm devient la norme standard internationale de la production
cinématographique. Imposé par Thomas Edison, il s'agit
d'une pellicule de 35 millimètres de large, dotée
de quatre perforations de chaque côté pour l'avance
du film chargé dans la caméra. L'image, ou encore
le photogramme, est de dimension 24,89 mm × 18,67 mm et de
rapport 1.33 :1. Ce dernier chiffre signifie que la largeur de l'image
est 1,33 fois plus grande que sa hauteur.
A la fin des années 1920, les studios rivalisent pour produire
leur premier film parlant. En 1927, alors que la Warner Bros utilise
un phonographe synchronisé avec le film lors de la projection,
la 21th Century Fox place une piste sonore optique directement sur
la pellicule, entre les perforations et les images. Système
que tous les studios d'Hollywood vont adopter. Il résulte
cependant de cette innovation technique une diminution de la taille
de l'image sur l'horizontale. Pour lui redonner son aspect rectangulaire,
on diminue également sa taille sur la verticale, d'où
une nouvelle dimension de 22 mm × 16 mm et un nouveau rapport,
1.37 :1.
L'Hypergonar du professeur Chrétien
Le
procédé anamorphique fut développé par
Henri Chrétien, un astronome français, pendant la
première guerre mondiale. Il s'agissait de donner aux chars
d'assaults un angle de vue assez large, permettant une meilleure
visibilité de l'ennemi. Le procédé optique,
constitué de deux lentilles cylindriques, l'Hypergonar, était
alors capable de procurer un champ de vision de 180°.
Après la guerre, ce procédé fut tout d'abord
breveté en 1926 (brevet n°638.542) pour le cinéma
en couleur et en relief. Puis, après avoir assisté
à la projection du Napoléon d'Abel Gance, le tout
premier film panoramique diffusé sur trois écrans
(Polyvision), l'inventeur français déposa un second
brevet. Cette fois-ci pour une possible utilisation de son procédé
dans le cadre de formats cinématographiques larges. Placé
devant l'objectif de la caméra en temps que complément
optique, l'Hypergonar comprimerait l'image dans le sens horizontal.
Tandis qu'un système analogue disposé devant l'objectif
du projecteur donnerait à l'image un champ deux fois plus
large. Il fut utilisé par Claude Autant-Lara, jeune réalisateur
de courts-métrages à cette époque, auquel Henri
Chrétien prêta un Hypergonar pour son adaptation d'une
nouvelle de Jack London, Construire un feu.
Au début des années 30, Bernard Nathan, nouveau responsable
des studios Pathé, s'intéresse à l'invention
de l'astronome. Pour cela il racheta 55% des actions de la STOP
(Société Technique d'Optique et de Photographie),
détentrice du brevet de l'Hypergonar. Mais, les difficultés
financières que va connaître le studio français
auront raison de l'utilisation de ce procédé.
Henri Chrétien continua néanmoins à défendre
son invention et racheta, après la guerre, les actions de
la STOP qui s'étaient considérablement dévaluées.
Cependant son brevet était alors tombé dans le domaine
public. Il ne se doute pas, à ce moment là, que l'avenir
de son invention va se jouer de l'autre côté de l'Atlantique.
A la conquête du format panoramique
Au début des années 1950, aux Etats-Unis, les studios
hollywoodiens font face à la popularité croissante
de la télévision. La fréquentation des salles
de cinéma diminuant, il faut innover et offrir au public
une expérience inégalable sur le petit écran.
Cela passe d'abord par l'utilisation de la couleur pour la plus
grande majorité des productions (tout du moins celles qui
peuvent se le permettre financièrement), une évolution
de l'acoustique et du format de projection. Il s'agit d'offrir du
grand spectacle, selon la formule consacrée. Voir des films
au cinéma devenant ainsi beaucoup plus attractif comparé
aux deux décennies qui venaient de s'écouler.
L'une des innovations les plus marquantes à cette époque
demeure la projection d'une image plus allongée sur les écrans
des salles obscures. Un format en parfaite adéquation avec
la vision humaine. Celle-ci étant binoculaire, ou panoramique
pour utiliser un terme plus cinégénique, couvre un
angle total de 170°. Le format presque carré de la projection
classique de l'époque était assez restreint et ne
permettait pas l'immersion, tant souhaitée par les producteurs,
dans les films.
L'un
des premiers format panoramique fut le Cinerama. Le film était
alors tourné par trois caméras synchronisées.
Puis projeté à l'aide de trois projecteurs sur un
écran très large. Et ce, depuis trois cabines de projections
différentes (Similaire au Polyvision d'Abel Gance, l'influence
de ce procédé reste incertaine). Des contraintes de
tournage et de projection. Un coût financier élevé.
Des raccords visibles entre les trois bandes projetées. Le
Cinerama ne pouvait être un format viable pour une exploitation
commerciale à l'échelle d'un pays comme les Etats-Unis.
Et encore moins pour son exportation.
En
1952, Herbert Bragg, assistant directeur du département de
recherche et développement de la 21th Century Fox se rappelle
de l'invention d'Henri Chrétien. L'inventeur, alors âgé
de 73 ans, est contacté par la Fox. Le studio lui achète
alors une centaine d'Hypergonars fabriqués avant la
seconde guerre mondiale et loue ses services. Grâce à
l'expérience de l'inventeur français, le célèbre
studio hollywoodien pris ainsi une avance considérable sur
ses concurrents. Le procédé d'Henri Chrétien
fut alors connu sous le nom de CinemaScope.
Le premier film tourné en anamorphique fut le péplum
La Tunique (The Robe) de Henry Koster, avec Richard
Burton, Jean Sommons, Victor Mature et Michael Rennie.
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L'hypergonar
Fonctionnement
de l'Hypergonar
L'hypergonar
est composé de deux lentilles cylindriques. Une lentille
convergente plan convexe et une lentille divergente biconcave,
placées dans cet ordre devant l'objectif de la caméra.
Schéma
simplifié de l'utilisation de l'Hypergonar lors de
la prise de vue
La lentille
divergente biconcave L1 donne d'un sujet S, placé dans
son foyer objet, une image S1 de même dimension. Située
entre L1 et S.
Puis, la lentille convergente plan convexe L2 considère
l'image S1 comme un objet. Elle en donne une image virtuelle
S' en S, superposée au sujet et plus petite sur la
largeur. L'image a été anamorphosée.
C'est cette image, considérée par l'objectif
de la caméra comme réelle, qui est impressionnée
sur la pellicule.
Lors de la projection en salle, un Hypergonar, identique à
celui utilisé lors de la prise de vue, est placé
devant l'appareil de projection afin de désanamorphoser
les images du film.
L'Hypergonar, disposé devant l'objectif de la caméra
lors du tournage, a une focale nulle. Il n'a donc aucun effet
sur celle la focale de l'objectif. Seule se produit l'anamorphose
de l'image filmée, qui est compressée optiquement
sur la pellicule dans le sens horizontal. Cette compression
est d'un rapport 2 :1.
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Sujet
filmé (haut),
image anamorphosée sur du 35 mm (bas)
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Expansion
de l'image à la projection
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Des défauts dans le format anamorphique...
Certains aspects, voire défauts, de l'image, inhérents
à de l'utilisation de lentilles cylindriques, au lieu de
lentilles ordinairement sphériques, ont cependant été
observés.
- Par exemple, il n'est pas rare, lors de la prise de vue d'un sujet
très lumineux, tels que les phares avant d'une voiture lors
d'une scène de nuit, qu'une longue ligne horizontale de teinte
bleutée apparaisse à l'écran. Ce défaut,
caractéristique de l'anamorphose, n'en est pas vraiment un
pour les metteurs en scène, devenant d'une certaine façon
un élément artistique lié à l'utilisation
de ce procédé.
- Il arrive également que les éléments qui
ne se trouvent pas dans la zone de mise au point de l'objectif ont
tendance à s'allonger dans le sens vertical. Ainsi, un point
lumineux en arrière-plan se rapproche davantage de l'ovale
que du cercle.
- Le dernier défaut, beaucoup plus gênant, que l'on
peut observer est un phénomène d'aberration optique.
Le mécanisme optique proposé donne une compression
anamorphique qui n'est pas uniforme, certaines zones de l'image
paraissent plus étirées que d'autres. Ainsi, un acteur
se trouvant sur les côtés de l'écran pouvait
apparaître étrangement maigre. Et si celui-ci traversait
l'écran lors d'un plan moyen sa corpulence pouvait également
varier très visiblement. Il était aussi difficile
de réaliser des plans rapprochés (close-up), les visages
des comédiens apparaissaient alors déformés
comme s'ils avaient attrapé les oreillons. Ce qui valut d'ailleurs,
outre-Atlantique, à ce phénomène de distorsion
d'être appelé "the mumps" (oreillons, en
anglais).
Evolution du rapport entre longueur et largeur à la compression
par anamorphose
Au début de l'utilisation du procédé anamorphique,
le rapport de l'image était de 2,55 :1. Or, une pellicule
35 mm à un rapport 1,37 :1. La compression par anamorphose
étant de rapport 2:1, il serait logique d'obtenir un rapport
de 2,74:1. Mais il se trouvait que l'ouverture des caméras
et les caches de l'appareil de projection n'avaient pas la même
taille, réduisant ainsi la hauteur lors de la diffusion en
salle.
Dans les premiers films en CinemaScope, la piste sonore optique
avait été substituée par quatre pistes magnétiques
placées d'un côté et de l'autre des perforations
de la pellicule. Ce qui offrait une qualité son, stéréophonique,
inégalée à la projection. Cependant, la fragilité
des pellicules à pistes magnétiques et le manque de
moyen d'un certains nombres de salles pour disposer de l'équipement
requis mis fin à ce format.
La piste optique, monophonique, réapparut en 1957. Avec pour
conséquence une réduction de largeur de l'image impressionnée.
Le nouveau rapport à la projection, après désanamorphose,
est alors de 2,35 :1.
Du CinemaScope au nouveau procédé de la Panavision
Lorsqu'en 1953, la 21th Century Fox utilise pour la première
fois son procédé anamorphique, le studio breveta cette
invention sous le nom de CinemaScope. Le terme resté populaire
jusqu'à aujourd'hui (alors que plus aucun film ne l'utilise
depuis 1965).
Rappelons que l'Hypergonar d'Henri Chrétien était
depuis longtemps tombé dans le domaine public. Ainsi, l'apparition
du CinemaScope entraîna dès l'année 1953 le
développement de procédés rivaux chez d'autres
studios hollywoodiens, au désespoir de la Fox qui désirait
être seule propriétaire de cette licence. Tels que
le SuperScope chez la RKO et le WarnerScope pour la Warner Bros.
De mauvais choix techniques ou encore des coûts de production
élevés eurent raison de ces procédés
concurrents. Cependant, l'un d'entre eux se démarqua, celui
de la Panavision.
Fondée en 1953, la Panavision est une entreprise spécialisée
dans la conception et la fabrication de caméras et de lentilles
pour le cinéma. Il faudra trois dates et trois innovations
pour que la société, indépendante des majors,
devienne leader sur le marché des lentilles anamorphiques
et supplante le CinemaScope, ainsi que ses rivaux.
Quelques dates
- 1954 : Panavision crée the Super Panatar, un système
de lentilles permettant la désanamorphose. Placé
dans une boîte rectangulaire, il se fixe par des crochets
sur l'appareil de projection (Cinq ans plus tard, la société
crée une nouvelle version, the Ultra Panatar, qui se visse
directement sur le projecteur).
- 1955 : Toutes les salles de cinéma ne possédaient
pas le matériel nécessaire à la désanamorphose
de l'image. Les studios devaient tourner leurs films avec deux
caméras. Une au format anamorphique, une autre sans. Ce
qui pour les producteurs était très onéreux.
Panavision mit alors au point le Micro Panantar, un instrument
optique permettant d'obtenir en laboratoire un négatif
« plat » à partir d'un négatif anamorphique.
Réduisant les coûts de production pour les studios.
- 1958 : Panavison commercialise un procédé qui
va régler le problème de l'aberration optique du
CinémaScope. Appelé l'Auto Panatar, le mécanisme
utilisé élimine les distorsions des sujets à
l'écran et permet les close-up. Ce qui en fit un dispositif
plébiscité par les acteurs.
Tous les studios abandonnèrent très rapidement leurs
formats anamorphiques pour celui de Panavision. Seule la 21th Century
Fox voulu conserver son système. C'est en 1965 que la maison
de production abandonna définitivement le CinemaScope sous
l'insistance de Frank Sinatra qui souhaitait l'utilisation l'Auto
Panatar pour le film Von Ryan's Express.
Le format anamorphique aujourd'hui
De nos jours, le format le plus répandu n'est pas le Panavision
2,35 :1, mais l'Academy flat 1,85 :1. Ce format non anamorphique
s'est progressivement imposé comme la référence
du cinéma panoramique dans le monde entier. Et ce, pour deux
raisons.
- Dans un premier temps, l'Academy flat est apparu dans les années
50 en réponse aux coûts liés à l'utilisation
du système anamorphique. Toutes les productions ne pouvaient
pas se le permettre, ou seulement celles dont le succès
en salles était quasiment assuré. Afin de bénéficier
d'un format panoramique sans dépenser un sous, les films
sont alors tournés, selon le format classique 1,37 :1,
en disposant un cache devant l'objectif de prise de vue (hard
matte). Ce qui assurait l'impression d'une image panoramique directement
sur la pellicule. Il est également possible de placer un
cache uniquement lors de la projection (soft matte). Dans ce cas,
le metteur en scène doit définir les éléments
qui doivent figurer ou non à l'écran, lors de la
représentation.
- Dans un deuxième temps, l'Academy flat est un format
panoramique qui passe facilement sur les postes de télévision,
de rapport 4/3 (1,33 :1). Contrairement aux films obtenus par
anamorphose qui étaient alors tronqués sur les côtés
pour correspondre aux proportions de la petite lucarne. Ou encore,
encadrés par les fameuses bandes noires afin de restituer
leur aspect panoramique. Effectivement, bien que toujours présentes,
les bandes noires sont beaucoup moins épaisses dans le
cas d'une image de rapport 1,85:1 que dans celui du 2,35:1. Le
visionnage d'un film devenant ainsi beaucoup plus confortable.
Cependant, certains metteurs en scène restèrent fidèles
au format anamorphique. Citons entre autres, Clint Eastwood, Brian
de Palma, Ridley Scott ou encore Christophe Nolan plus récemment.
Le choix de l'anamorphose, il faut le préciser, est également
un choix artistique. Tout dépend des détails que le
metteur en scène veut voir présent à l'écran.
Ce format reste aussi très utilisé pour les blockbusters
américains, car il ne faut pas l'oublier son utilisation
est avant tout destinée aux films à grand spectacle.
D'ailleurs, l'apparition des écrans de télévision
large, rend enfin, tout du moins en partie, justice à la
vision des cinéastes.
Sources et références :
Cinéma, la grande histoire du 7e art, Laurent Delmas
et Jean-Claude Lamy. Edition Larousse 2005.
Le vocabulaire du cinéma, Marie-Thérèse
Journot. Edition Armand Colin 2004.
Le scope fait son cinéma par Jean-Jacques Meusy, article
publié dans La Recherche n°359 - 01/12/2002.
The American Widescreen Museum : www.widescreenmuseum.com/index.htm
Art et Science © 2009 
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