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Physique-Chimie et oeuvre d'art :
au-delà des apparences
par Alexiane Agullo (07/04/2011)
2011 : année de la Chimie. Décrétée par l'ONU pour mettre
à l'honneur l'application de cette science dans la vie quotidienne,
la chimie mais aussi la physique permettent également de mieux comprendre
l'histoire : celle des Sciences mais aussi celle de l'Art.
Physique-Chimie, art et restauration : une longue histoire
L'utilisation de la physique et de la chimie dans les Arts n'est
pas nouvelle. Dès l'Antiquité et la Renaissance, elles ont été employées
dans de nombreux domaines, que ce soit pour l'art, les cosmétiques
ou la santé. Les savoir-faire de l'époque sont redécouverts aujourd'hui
avec les techniques d'analyses physico-chimiques récentes. Les oeuvres
majeures sont précieuses et nécessitent des précautions particulières
de manipulations. La mise au point de méthodes fournissant le maximum
d'éléments pour un minimum d'échantillon est alors vitale.
Apport de l'analyse physico-chimique à la compréhension des techniques artistiques
Pour les restaurateurs, l'analyse et l'étude des constituants d'une
oeuvre, peinte notamment, permettent de mieux comprendre et traiter
des oeuvres de cultures différentes. En effet, chaque époque, chaque
culture et même chaque artiste utilisent des techniques spécifiques.
Il faut au mieux respecter ces méthodes, pour garder intact l'intégrité
des réalisations. On peut ainsi associer une oeuvre dégradée
à un patient malade. Il faut donc la soigner, c'est-à-dire établir
un diagnostic : définir son état et décider de la nécessité
d'un traitement. Une fois le diagnostic établi, il faut déterminer
le protocole de restauration : le « matériels et méthodes » d'un
protocole expérimental. Et comme pour tout patient, constater les
effets du traitement. Chaque oeuvre est unique et demande un traitement
particulier. On ne peut donc pas définir des techniques de restaurations
générales, seulement un protocole utilisant des manipulations spécifiques.
Exemple d'étude préalable à une restauration :
l'examen sous U.V des sentences peintes de la tour du château de Montaigne (Dordogne)
Michel de Montaigne, célèbre auteur des Essais et du « je n'ai d'autre objet que de me peindre moi-même », a fait inscrire, en 1571, sur le plafond la bibliothèque de son château des sentences.
Aujourd'hui, celles-ci sont partiellement dégradées
mais aussi restaurés, réinscrites ou cachées,
les inscriptions se superposant les unes aux autres. L'étude
menée par Floréal Daniel, ingénieur de recherche
(CNRS) à l'Institut de Recherche sur les Archéomatériaux,
a pour objectif d'examiner chaque poutre de la bibliothèque
sous ultra-Violet. La position des lettres, les phrases d'origines,
les sentences tardives ou invisibles sous lumière naturelle
seront ainsi déterminées par fluorimétrie,
par analyses par microscopie électronique à balayage
(MEB) ou microscopie Raman.
L'étude expérimentale par fluorimétrie, sur
différents liants de peinture, ayant subi ou non des vieillissements
accélérées en guise de témoins et de
contrôles, a permis d'identifier les liants utilisés
à l'époque de Montaigne. Les autres analyses, réalisées
sur des micro-prélèvements de sentences, révèlent
la stratigraphie des fragments. Toutes ces études permettent
de classer les sentences peintes et de comprendre l'historique des
modifications apportées au plafond pour déterminer
quel type de restauration est la plus adaptée. Cette restauration
est encore à l'étude à ce jour.
Un peu de sciences
La fluorimétrie : c'est une méthode de dosage
qui utilise les propriétés fluorescentes de certaines
molécules. La fluorescence est proportionnelle à la
concentration, on peut ainsi mesurer la concentration de molécules
spécifiques dans un échantillon donné. Elle
se mesure avec un fluorimètre. Le principe de fonctionnement
du fluorimètre est simple, le monochromateur laisse passer
une bande de longueur d'onde définie dans le spectre continu
de la lampe. La lumière ainsi focalisée sur l'échantillon
« excite » les molécules de l'échantillon
contenu dans la cuve. Le détecteur analyse les longueurs
d'ondes d'émission. Le traitement du signal permet de connaitre
composition chimique de l'échantillon.

La microscopie électronique à balayage (MEB) :
cette technique est basée sur des interactions électron-matière.
On peut ainsi produire des images en haute résolution de
la surface d'un échantillon. Le microscope utilise l'émission
d'électrons produits par une cathode et la détection
de signaux provenant de l'interaction de ces électrons avec
l'échantillon.
La microscopie Raman : la microscopie Raman repose sur l'interaction
lumière-matière. Elle utilise les différents
niveaux d'énergie vibrationnels d'une molécule. Le
spectre Raman est une empreinte vibrationnelles du composé
à analyser qui permet son identification au niveau moléculaire
parfois même cristallin.
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