New'art -> 2008
Nos corps à nu
par Ludovic Fery (15/08/2008)
L'exposition
itinérante "Our Body, à corps ouvert", d'abord
refusée à la Villette, s'est installée confortablement
à Lyon, s'offrant même une prolongation jusqu'en octobre.
Si le propos scientifique de l'évènement est largement
remis en cause par des considérations éthiques, le
succès auprès du public ne s'est pas fait attendre.
Quelles-peuvent bien être les raisons de cet engouement ?
Sur un argument scientifique, peut-on tout montrer ? Est-ce
que des corps donnés à la science peuvent faire office
duvre dart ? Loin de vouloir répondre
à ces interrogations, la galerie « Our body, à
corps ouvert » aura plutôt profité de cette
publicité inespérée. Amorale et indigne pour
certains, exceptionnelle et pédagogique pour dautres,
les Lyonnais ont en tout cas encore quelques mois pour aller se
forger leur opinion sur la question. Faut-il voir dans ce succès
pas si surprenant (déjà plusieurs millions de visiteurs
comptabilisés à travers le monde) une fascination
malsaine pour la mort ? Ou encore lenvie den savoir
plus sur son propre corps ? Probablement un peu des deux, et sans
doute un peu plus
Le site Internet de lexposition impressionne par son sérieux.
Des consultants scientifiques pour donner toute sa gravité
au sujet, et surtout cette phrase cinglante sur la plaquette :
« Montrer au public ce que seuls les médecins
et les scientifiques avaient la faculté de voir ».
Le temps d'une exposition, la science accepte de descendre de sa
tour d'ivoire ! Un seul enjeu : le partage du savoir, sans
concessions ni artifices. Pourtant, pas question ici de disséquer
des corps, ou dobserver des organes plongés dans le
formol. Etonnamment, c'est une mise en scène grandiloquente
qui attend le visiteur. Des corps défragmentés, tels
des puzzles, font du vélo, tirent à larc ou
jouent aux échecs. Et cela, le médecin n'a jamais
eu la faculté de le voir, y compris dans son livre d'anatomie.
Heureusement, des panneaux bien fournis sont là pour nourrir
lintellect, expliquant la fonction de tel ou tel organe ou
encore lorigine des tumeurs.

L'imprégnation polymérique
- Photos © http://www.ourbodytheuniversewithin.com
Malgré tout, n'ayez crainte, vous n'avez que peu de chance
de vous identifier à ces corps d'inconnus, car le travail
effectué sur eux tient plus de l'art abstrait que du cours
de dissection. Même les expressions figées sur les
visages laissent de marbre. Parfois, un regard évoque vaguement
une émotion humaine, mais tout de suite la force de la mise
en scène reprend le dessus. Le reflet plastique des cadavres,
lié à leur technique de conservation (l'imprégnation
polymérique), contribue à installer une barrière,
si bien que ces êtres en face de nous n'ont plus grand chose
d'humain.
Quelles sont les questions qui intéressent réellement
le visiteur : est-ce l'identité de ces donneurs d'organes
anonymes, ou encore les conditions de leur mort ? Ne chercherait-t-il
pas plutôt, à travers l'observation de ces ersatz d'homme,
à mieux connaître sa propre personne ? Incontestablement,
l'être humain reste passionné par sa mécanique
interne, pour comprendre les fondements de la vie mais aussi ses
limites. Il ne vient pas voir "Our Body" pour raviver
ses souvenirs de sciences naturelles, mais pour progresser dans
la matière qui lui pose le plus problème, à
savoir lui-même. L'exposition "à corps ouvert"
pose au visiteur toute une série d'ultimatums : briser le
tabou de la mort, faire réfléchir à la condition
humaine
Et, apparemment, l'appui héroïque de la
science n'est pas de trop pour faire passer la pilule.
Pour en savoir plus :
Site de l'exposition "Our body, à corps ouvert"
:
http://www.ourbodyacorpsouvert.com/accueil.php
Réflexion sur le caractère artistique ou scientifique
de l'exposition :
http://www.lyoncapitale.fr/index.php?menu=04&article=5561
Avis du comité national d'éthique :
http://www.lyoncapitale.fr/index.php?menu=01&article=5688
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