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Van Gogh passe au numérique
par Ludovic Fery (22/09/2008)
Qui
na jamais peint par dessus une peinture pas assez à
son goût ? Aucun ne semble déroger à la règle,
pas même les artistes les plus accomplis (pas forcément
les plus fortunés par ailleurs). Cet été, le
tableau caché de Van Gogh derrière son « Coin
sur lherbe » (1887) a fait leffet dune bombe
dans la presse scientifique. Mais en quoi la science est elle concernée
par cette étrange découverte ?
Le tableau sous le tableau
Les techniques de datation classiques comme les rayons
X ne servent pas que la science. Transposés à l'art,
ce rayonnement permet d'établir une chronologie dans l'oeuvre
d'un artiste ou encore dexplorer un tableau précis.
Par exemple, les rayons X révèlent la présence
de cavités dans le châssis. Ces cavités peuvent
indiquer par exemple quun tableau a été coupé
en deux, comme pour cette radiographie dun portrait de Hans
Memling (travaux effectués par le Laboratoire de recherche
des musées de France).
Radiographie du portrait de Hans Memling ©
LRMF-CNRS

Mais les rayons X peuvent également révéler
la présence de couches existantes sous une peinture ancienne.
Ainsi, appliqués à « Un Coin sur lherbe
», ils avaient déjà révélé
la présence dun tableau sous le tableau. Les traits,
assez flous, semblaient dessiner un visage féminin. Les travaux
récents dune équipe internationale basée
à Delft en Hollande sont une première en termes de
précision. La technique, appelée spectrométrie
de fluorescence X, fonctionne sur le même principe que les
rayons X. Dabord, les pigments de la peinture sont irradiés.
Puis, dans un deuxième temps, la « lumière »
émise par les atomes est analysée. Cest cette
finesse point par point de la technique qui a permis datteindre
un tel niveau de définition. Cette fois, la patte de Van
Gogh ne fait plus aucun doute. Les chercheurs ont même pu
identifier que le brouillon était une préparation
aux « Mangeurs de pommes de terre », un autre de ses
tableaux réalisé en 1885. Il se serait donc écoulé
environ deux années avant que Van Gogh ne décide à
repasser par-dessus son portrait. Il était peut-être
économe, mais ne prenait pas de décision à
la va-vite.
 
A gauche : Reconstitution du portrait caché - Photo ©
Université de Delft
A droite : Modélisation d'un Van Gogh à partir des
traits de pinceau - Photo © AP via Van Gogh Museum
Un modèle mathématique pour authentifier luvre
Son style a beau être reconnaissable entre mille, Van Gogh
na pas échappé à la contrefaçon.
Un vendeur dart allemand, Otto Wacker, a longtemps donné
du fil à retordre à la justice. Lors dun procès
le confrontant en 1932 au neveu de Van Gogh, quelques 33 des tableaux
quil avait vendus comme des Van Gogh étaient accusés
dêtre des faux. Or, à lépoque, Hans
Rosenhagen, un des experts les plus reconnus du peintre hollandais,
considérait 14 des 33 tableaux incriminés comme authentiques.
Là encore, le recours au rayon X a sauvé la mise aux
juges. En réalité, la technique de peinture et les
pigments employés était très différents
de ceux du fameux peintre.
Mais cette longue procédure aurait pu être évitée
en ayant recours aux méthodes actuelles. Ainsi, James Wang
de la Penn State University a publié dans Signal Processing
Magazine ses travaux sur un logiciel capable didentifier les
contrefaçons. Et les premiers résultats sont encourageants,
car sur les 19 peintures non reconnues comme le fait de Van Gogh,
6 sont effectivement connus comme luvre dautres
peintres. Ce système danalyse informatisé semble
dautant plus efficace qu'il s'entraine. Il lui faut un grand
nombre de données avant de pouvoir reconnaitre le coup de
pinceau de l'artiste. Léquipe de Wang a donc développé
un outil capable didentifier les contrefaçons des peintres
les plus célèbres
à condition quils
aient été assez productifs !
Nul doute que les chercheurs américains recevront bientôt
des commandes de propriétaires dart soucieux de faire
authentifier leur collection privée.
Pour en savoir plus :
Analyse du portrait de Hans Memling :
http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosart/imgArt/radio/radio5.html
Page de l'équipe de l'Université de Delft :
http://www.tudelft.nl/live/pagina.jsp?id=6383a391-d2c6-4341-bcd0-62cba4cff50b&lang=en
Site d'authentification des tableaux :
http://www.pbs.org/wgbh/nova/sciencenow/0302/02.html
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