Virtual'art -> 2009
Les miroirs mécaniques
ou comment se voir autrement...
par Marine Doussay (18/03/2009)
Et
si nous pouvions nous voir dans du bois, des sphères métalliques
ou encore des ordures new-yorkaises ? Et si les miroirs ne servaient
plus seulement à nous renvoyer une image mais à en
construire une ?
Les miroirs de Daniel Rozin sont des appareils mécaniques
construits à partir de matériaux divers comme du bois,
des sphères de chrome, voire des ordures ramassées
dans les rue de New York. Ce sont de véritables oeuvres d'art
interactives. Chaque miroir change et réagit face à
la présence du spectateur : toute personne se tenant devant
l'un d'entre eux est instantanément «reflétée»
à sa surface.
Acteur de sa propre création...
Sans le spectateur, le tableau reste inerte et c'est
bien là toute la poésie de ces miroirs : l'homme est
le sujet principal de l'oeuvre.
Les thèmes centraux du travail de Daniel Rozin sont la perception
de soi et l'art du logiciel qui relie la performance sur écran
et le traitement vidéo en temps réel. Le miroir symbolise
la fusion entre l'électronique et la matière naturelle.
L'artiste rapproche ainsi l'art à la science, avec la conception
de tableaux vidéos, de sculptures en miroir ou autres miroirs
mécaniques. Parmi ces derniers, citons les Wooden Mirror,
Trash Mirror, Shiny Balls Mirror, Circles Mirror, Peg Mirror, Weave
Mirror et autre Mirrors Mirror... Faits de différents matériaux,
ils ont le même comportement et les mêmes interactions
avec les spectateurs.
Quand l'art rencontre la technique
Pour
la création de ses miroirs, Daniel Rozin utilise des ordinateurs,
des caméras vidéo et des moteurs.
Par exemple, le Wooden Mirror (Miroir de bois), conçu en
1999 par l'inventeur, se compose de 830 petites facettes carrées
de bois, chacune correspondant à un pixel de l'image. Chaque
facette est associée à un servomoteur(1) qui
permet de la faire pivoter suivant 255 positions différentes,
créant ainsi un jeu d'ombre et de lumière donnant
au «pixel» une teinte variable.
Une petite caméra numérique située au centre
du miroir se charge de capturer l'image et envoie les informations
visuelles à un ordinateur.
Ensuite un programme informatique (développé par l'artiste),
transcrit les images en tableau de chiffres. Ces derniers sont ensuite
transformés en signal électrique qui actionne alors
les moteurs reliés à chaque facette de bois. Celles-ci
pivotent et reproduisent ainsi l'image capturée par la caméra.
Ce procédé complexe ne prend que quelques millisecondes,
laissant ainsi penser au spectateur que le reflet apparaît
sur le miroir en temps réel.
Il s'agit d'un tableau vivant puisqu'en se déplaçant
devant le miroir, le spectateur change physiquement la surface du
tableau.
Explorer les relations intimes entre la création d'image
et la perception visuelle humaine
Avec cette création, l'auteur souhaite explorer la frontière
et les contrastes entre le monde numérique et analogique,
entre l'expérience physique et virtuelle, entre l'ordre et
le chaos. Le Wooden Mirror explore les relations intimes entre la
création d'image et la perception visuelle humaine. Il se
sert d'une matière naturelle comme le bois pour rendre compte
de la notion abstraite de pixels numériques.
Daniel Rozin s'inscrit dans la nouvelle lignée de ce que
l'on appelle les artistes numériques. Il s'appuie sur les
nouvelles technologies pour pratiquer son art et tester notre perception
de la réalité et de nous-mêmes.
La majorité de ses réalisations n'existent que par
le support numérique, alliées à l'informatique.
Chaque tableau numérique interagit avec le spectateur en
le regardant, l'enregistrant, le suivant et finalement en lui renvoyant
son image.
Dans l'oeuvre de Rozin, le malaise de se sentir observé fait
alors place à la fascination de l'observation de soi-même.
Le spectateur ne se regarde pas dans un miroir : il regarde l'image
qu'il renvoie, la façon dont il est perçu par la caméra.
Et c'est ici cette vision onirique de soi-même qui rend l'expérience
fascinante.
(1) Dispositif typiquement utilisé en modélisme
pour, par exemple, contrôler la direction d'une voiture télécommandée.
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A propos de l'art numérique
Apparu
il y a près de vingt ans, l'art numérique
est un genre artistique lié à l'avènement
de l'informatique. Il désigne les créations
qui n'existent que par le support numérique. Le développement
des nouvelles technologies - qui permettent une interactivité
entre l'Homme et la machine - ont engendré de nouveaux
outils, de nouveaux comportements.
"Net
art", "Software art", "Photographie
digitale" ou encore "Art robotique" sont
autant de termes pour désigner l'art numérique.
Issu de pratiques hétérogènes (informatique,
design, architecture, musique,
) et mélangeant
la science et l'art, il s'inscrit dans le domaine de l'art
contemporain en y incorporant une production spécifiquement
liée aux nouveaux médias. Les champs explorés
sont vastes et interrogent notre perception de la réalité
ainsi que les notions d'interactivité, de navigation
et d'interface.
Daniel
Rozin est né en 1961 en Israël.
Artiste, enseignant et programmeur, il travaille dans le domaine
de l'art numérique interactif.
Professeur d'art et directeur de recherche à l'ITP
dans la Tisch
School Of The Arts à l'université de New
York, il développe lui-même les programmes informatiques
nécessaires à ses oeuvres et a monté
sa société de logiciel qui crée des outils
pour l'art numérique et la communauté multimédia.
Ses
travaux sont exposés dans nombre de pays, notamment
à la Bitforms
Gallery de New York ou à l'Israël Museum
de Jérusalem mais aussi en Espagne, au Brésil,
au Japon, en Jamaïque, en Corée...
Son travail lui a rapporté de nombreuses récompenses
dont le Prix Ars Electronica, l'ID Design Review et le Chrysler
Design Award.
Pour en savoir plus,
Site de Daniel Rozin :
http://www.smoothware.com/danny/
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